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Ali Zebboudj, le dernier commerçant de la cité de la source à Epinay, mortellement poignardé

Nous reproduisons sur ce blog la lettre que nous a fait parvenir Rosa MOUSSAOUI, journaliste au journal l'Humanité, suite à l'assassinat de l'épicier d'Epinay Ali Zebboudj. Nous connaissions bien Ali. Avec l'association des Berbères de Bagnolet, nous avions passé une belle soirée en sa compagnie. Sa disparition est une perte qui nous touche beaucoup. Nous vous invitons également à lire sur le même sujet, le billet édité sur le blog de notre Maire, Marc Everbecq ...ICI

zebboudj2.jpgChers amis, 
J'ai appris hier avec une immense tristesse le meurtre d'Ali Zebboudj, un épicier-chanteur de la cité de La Source, à Epinay sur Seine. C'était un personnage extraordinaire, auquel la réalisatrice Chantal Briet a consacré un documentaire il y a quelques temps. J'avais rencontré Ali l'an dernier au Cin'hoche, à Bagnolet, il était venu à une projection du film, suivie d'un débat, organisé par l'ABB (Association Berbère de Bagnolet). Ce film, gonflé d'humanité, m'avait donné envie d'écrire. J'avais fait un papier pour l'Huma. Je vous l'envoie aujourd'hui. En souvenir d'Ali.

Rosa.


 
  zebboudj1.jpg
Le lieu du lien Social . Au coeur de la cité de la Source, à Épinay-sur-Seine, Chantal Briet a filmé pendant de longs mois les habitués de l'épicerie d'Ali, dernier lieu de lien social du quartier.

«Ici, il y a de tout, des serins, des perroquets, des perruches, des pies, des pigeons... » Au milieu des tours, devant un vieux centre commercial délabré, voué à la destruction, un vieux Maghrébin égrène avec malice des noms d'oiseaux plutôt que des nationalités. Derrière lui, le dernier commerce de ce bloc de béton désaffecté. C'est l'épicerie d'Ali Zebboudj. Plus qu'un commerce. Ou plutôt, comme le dit la réalisatrice, Chantal Briet, un « commerce » au sens authentique du terme : un lieu d'échange.

Les habitués de tous âges et de toutes origines y défilent. Pour s'y ravitailler, discuter, plaisanter, lire le journal, ou même se préparer un en-cas, comme ça, sur le pouce. Il y a aussi le rituel du petit café, pris sur le congélateur de la boutique. Le thermos est toujours plein pour les gens de passage. Et surtout, il y a les éclats de rire et l'inaltérable bonne humeur d'Ali. Au travers de ces tranches de vie quotidienne, filmées avec pudeur, on devine la solitude, parfois la détresse. On entrevoit les fêlures, les souffrances sociales autant qu'individuelles, les parcours chaotiques de ces personnages de tous âges et de toutes origines.

Mais Chantal Briet nous dit, surtout, la magie de ce lieu pourtant si banal au premier abord. De ce local à la limite de l'insalubrité, la générosité et l'hospitalité d'Ali ont su faire un lieu de chaleur humaine, un lieu de parole, un lieu de lien. « Une structure sociale », dit Jamaa, un écorché vif, amoureux de littérature.

Des grappes de gamins collent leur nez à la vitrine, savourent des yeux les friandises. Ali les connaît tous, il les a tous vus grandir. Pour les personnes âgées du quartier, c'est la seule sortie de la journée, l'endroit où l'on met, souvent avec humour, des mots sur les soucis quotidiens. C'est le lieu de rencontres improbables aussi, comme celles entre le commerçant et un ex-cambrioleur qui raconte qu'il a pris soin de ne rien abîmer dans l'épicerie.

Chez Ali, on peut esquisser un pas de danse, improviser un morceau à la trompette ou un gospel. L'étonnant épicier kabyle, entre un conseil, une conversation et un service rendu, chante, lui aussi. Des complaintes berbères aux accents mélancoliques qui transportent Jamaa dans cet ailleurs auquel il rêve. Ali, épicier-artiste, âme de l'un de ces quartiers populaires que l'on dit difficile et qui font couler tant d'encre.

Pour ce premier long métrage, Chantal Briet a posé sa caméra pendant de longs mois dans la cité de la Source, à Épinay-sur-Seine. Partie, comme Don Quichotte, à la recherche de « l'utopie », elle a trouvé ce microcosme inattendu et filmé, tout simplement, des êtres humains en train de vivre.

En évitant le double écueil du misérabilisme et de l'idéalisation, Chantal Briet pose un regard respectueux sur ces hommes, ces femmes et ces enfants-objets de tant de clichés, cibles de tant de discours stigmatisants. C'est peut-être ce respect qui fait la justesse d'Alimentation générale.

Rosa Moussaoui 

L'Humanité
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