Exrait d'un article de Libération du 08/ 10/ 07
La Seine-Saint-Denis futur tombeau de l’union de la gauche ? Dans ce fief communiste, les grandes manœuvres pour les municipales et des
cantonales sont en tout cas en train de tourner à la guerre de tranchées entre socialistes et communistes. «Le PS veut dessouder le PCF, mais ne veut pas
laisser ses empreintes sur le couteau. On ne participera pas à ce travail de spadassin», explique Jean-Vincent Placé, vice-président vert du conseil régional d’Ile-de-France.
Chez les socialistes, le porte-flingue n’est autre que Claude Bartolone, bras droit de Laurent Fabius. Fort de la progression électorale
constante des socialistes dans le département, le député de Seine-Saint-Denis a été sollicité par certains caciques locaux pour piquer aux communistes la présidence du conseil général.
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Colère. Aujourd’hui, PS et PCF disposent de
15 conseillers généraux chacun, mais sur les 20 sièges à renouveler en mars 2008, 11 sont détenus par le PCF. L’occasion pour le PS de prendre le contrôle d’une institution
qui dispose de 6500 agents et d’un budget annuel de 1,7 milliard d’euros. «C’est un vrai défi de faire de ce dernier pays de l’Est un département
qui s’appuie sur le développement économique et sur sa jeunesse», ironise un hiérarque socialiste local.
«Notre état d’esprit, c’est de rassembler à gauche, pas de se tuer à gauche,dénonce Hervé Brahmi, l’actuel président du conseil général. On n’a pas démérité dans la gestion pluraliste : les
transports collectifs gratuits pour les RMistes et les chômeurs, le chèque informatique pour que chaque élève de sixième ait un ordinateur… Une guerre interne serait désastreuse pour la gauche,
incompréhensible pour les communisteset les progressistes et le PS y laisserait des plumes.» Conclusion d’un élu local :«Les communistes sont écœurés. Cela fait trente ans qu’ils cogèrent le 93 avec les socialistes.
L’affaire a suscité une entrevue «courtoise mais ferme» de Marie-George Buffet et Laurent
Fabius la semaine dernière à l’Assemblée nationale. «Soit les choses s’aggravent encore et les conséquences électorales de la division seront très dures. Soit
la raison l’emporte et on voit comment on peut travailler ensemble», a expliqué en substance la secrétaire nationale du PCF à un Fabius «attentif» et visiblement «emmerdé», rapporte la place du Colonel-Fabien. Un Laurent Fabius qui a dû, le même
jour, subir les foudres de Jean-Pierre Brard, le député-maire PCF de Montreuil. La faute là encore au jeu de domino échafaudé par Bartolone pour se trouver un point de chute.
«Bartolone nous a demandé de lui laisser le canton de Pantin. Et en échange, il nous a proposé que le PS soutienne la
candidature de Dominique Voynet pour les municipales à Montreuil»,explique Placé. Refus catégorique de la direction des Verts :
«On a cinq cantons sur 400 en Ile-de-France et une bonne candidate à Pantin.» Grosse colère en revanche de Dominique Voynet, sénatrice de
Seine-Saint-Denis, qui se verrait bien conquérir Montreuil. Le tout laissant les socialistes locaux estomaqués : «Echanger un poste à Pantin contre l’illusion
de l’emporter en partant derrière Voynet à Montreuil, où le maire coco vient d’être bien réélu aux législatives est un marché de dupes pour les Verts», raconte l’un d’eux. Qui ajoute
que le deal ne peut satisfaire les socialistes locaux : «On leur dit vous pesez 25 % des voix à Montreuil mais vous allez soutenir une candidate qui a fait 2
% à la présidentielle .» Comme si cela ne suffisait pas, la situation provoque aussi des réactions au sein de la fédération socialiste du 93, dont le patron Pascal Popelin,
pourtant lui aussi fabiusien et candidat à la présidence du conseil général, a démissionné pour «ne pas cautionner» la stratégie déployée par ses
camarades.
«Souk». Pour l’heure, Bartolone essaie de calmer le jeu :
«Je ne suis pas là pour mettre le souk. Je n’en fais pas un objectif personnel et n’irai pas jusqu’à sacrifier les alliances passées. Si c’est pas possible,
c’est pas possible.» Une réunion a eu lieu jeudi entre les huit responsables des fédérations PS et PCF d’Ile-de-France, pour «faire le
point» pour un accord «début novembre». Bruno Le Roux, chargé des élections, a répété que le PS était favorable «dans la grande majorité des cas» à une reconduction des accords, avec un «rééquilibrage» .
Mais quid du 93 ? Marie-George Buffet et Laurent Fabius ont convenu de se revoir. Olivier Dartigolles, porte-parole du
PCF. (....) «Le fer il faut le porter contre la droite.»
Mathieu Escoiffier
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