Comme vous le savez probablement, notre ville vient d’être endeuillée par un terrible drame.
Au terme d’une course-poursuite avec la police, un jeune bagnoletais pilotant une moto a trouvé la mort, le dimanche 9 août.
Notre émotion est grande. Rien ne mérite qu’une personne perde la vie.
La colère a éclaté, des voitures ont été brûlées. La famille, l’équipe municipale, les services de la ville, et tous les gens de bonne volonté ont tout fait pour assurer le retour au calme. Un dialogue a été aussitôt engagé avec la population. Nous demandons à ce que les personnes dont les biens ont été détruits soient rapidement indemnisées.
L’enquête menée par l’IGS (la police des polices) et les conclusions du Procureur de Bobigny ont permis d’établir qu’il n’y a pas eu de « bavure » mais une intervention policière menée dans des conditions difficiles. Ce qui ne change rien au drame et au sentiment que ce qui est arrivé est injuste.
Ces engins, qui ont une utilité précise hors contexte urbain, deviennent un véritable fléau lorsqu’ils tournent à toute allure, à toute heure, et bruyamment dans les rues de notre ville. Ce n’est pas une réalité propre à Bagnolet. Mais la griserie de la vitesse et le sentiment de liberté que procure l’usage de ces engins ne doivent pas faire oublier la dangerosité de telles pratiques tant pour les utilisateurs que pour l’entourage. C’est la raison pour laquelle la loi interdit l’usage de certains de ces véhicules qui ne sont ni homologués ni assurés. Les riverains se sentent menacés et agressés. Dire qu’il faut se conformer à la loi est non seulement de notre devoir, mais de notre responsabilité. A de multiples reprises la municipalité est intervenue. Mais nous n’avons pas été entendus. Comme maire et comme être humain, je voudrais que Bagnolet n’ait plus à pleurer la disparition de l’un des siens. Ce drame ne doit plus se reproduire et c’est l’affaire de tous.
Nous ne parviendrons pas à faire face à ces situations avec moins de services publics et moins d’intérêt général. L’Etat doit enfin prendre ses responsabilités sur l’Est Parisien et en particulier en Seine-Saint-Denis. L’heure n’est pas à la polémique, mais il faut rappeler cette réalité. Nos territoires sont maltraités. Nous manquons de moyens dans tous les domaines (école, sport, logements, santé, culture, emplois). Aussi en matière de police de proximité. J’ai été amené, en tant que premier magistrat, à déplorer auprès de la Préfecture l’insuffisance notoire des effectifs du commissariat de Police tout au long de l’année.
A l’occasion de ces événements, il me semble primordial de rappeler que notre ville met tout en œuvre pour que tous ensemble nous prenions notre destin en main.
Malgré la crise économique et sociale actuelle, nous agissons pour favoriser le développement économique et commercial, la qualité de vie et l’habitat dans la ville, le vivre ensemble, le lien social et la participation des habitants.
Dans cette dynamique, force est de constater que beaucoup de jeunes se retrouvent à l’écart de ce mouvement, se sentent délaissés, et sont trop souvent victimes de discriminations. Les appeler au calme ou bien veiller à rétablir des liens entre les jeunes et la Police est nécessaire, mais pas suffisant. Cela ne saurait tenir lieu de projet politique. Trop de questions de fond restent entières : comment s’orienter ? Comment réussir à l’école, au lycée, à l’université ? Comment progresser dans la société et trouver un emploi ? En somme, comment accéder à une vie normale ?
Tous les acteurs de la ville (enseignants, chefs d’entreprise, représentants d’associations, des services municipaux, des services de l’Etat…) sont tous concernés par la nécessité de se rapprocher pour écouter les jeunes, dialoguer avec eux et les aider sur les sentiers de la réussite auxquels ils ont droit.
Ce sera le cas, en cette rentrée, avec la mise en place par la ville de Bagnolet des Contrats de Réussite pour les Jeunes conformément à l’engagement que nous avions pris ces derniers mois. Notre dispositif accompagnera progressivement chaque jeune pour lui permettre d’élaborer et de réussir son projet de vie. Un travail « sur mesure ». Rien ne sera laissé au hasard pour que cette jeunesse conjugue sa vie au présent et au futur. Méfiance, incompréhension, désillusion : autant de raisons qui font que le dialogue avec la jeunesse n’est pourtant pas toujours facile. Chacun d’entre nous en a l’expérience. « La jeunesse sait ce qu'elle ne veut pas, avant de savoir ce qu'elle veut » a écrit Jean Cocteau. Mais si ce dialogue est au cœur de notre action c’est que nous savons qu’il est possible de faire bouger les choses et de rendre les jeunes encore plus acteurs de la ville. Il en va de notre intérêt à tous. J’ai confiance dans les jeunes et tous les Bagnoletais pour construire une ville solidaire où il fait bon vivre.
Marc Everbecq
Votre maire
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