EPEP : de quoi s’agit-il ? Le ministère de l’éducation Nationale veut lancer des « Etablissements Publics d'Enseignements du Premier degré » qui regrouperaient, sur un territoire, toutes les écoles (trente classes ou plus). Ce regroupement administratif des écoles conduirait à concentrer les effectifs des classes pour en supprimer et pour faire des économies d’échelle dans la gestion. Le dogme de la réduction des investissements publics prend le pas sur la nécessaire mise en place des moyens pour réussir la démocratisation scolaire et l’égalité d’enseignement dans toutes les écoles. L'EPEP serait piloté par un "conseil d'administration" , terme ambigu qui ne doit pas tromper : il s'agit d'un CA à l'anglo saxonne. 50% des membres du CA seraient des représentants des collectivités locales. Le président du CA serait obligatoirement un élu local lui aussi. Les représentants des personnels ne dépasseraient pas 30% du CA. Les autres 20% étant reservés à un contingent de parents ou de personnalités locales, parmi lesquelles les représentants d'entreprises privées du territoire. Ce choix accentue l'emprise sur l'école des intérêts particuliers. La logique de décentralisation est également accentuée dans ses mauvais côtés : on sait déjà que les disparités territoriales sont très grandes dans l’état actuel des choses (voir notre billet du 31 janvier ci-dessous). La prise de décisions différentes sur chaque territoire ne peut conduire qu’à une accentuation de ces inégalités. D’autant que, sous couvert de décentralisation, la gestion des établissements serait encore plus délégataire : les premiers concernés, personnels et parents, auraient encore moins de pouvoir d’intervention. Les pouvoirs publics démissionnent de leur responsabilité à assurer l’égalité en matière d’éducation. Mais cette forme de décentralisaiton prive aussi les collectivités locales de leur pouvoir d'intervention et d'impulsion : les décisions étant prises par ce Conseil d'Administration, elles s'imposeraient de fait au collectivités locales qui n'auraient plus qu'à payer sans discuter, sans moyens supplémentaires, tout en étant dessaisies de certaines compétences (dans la logique supra-communale les EPEP pouvant regrouper plusieurs communes, chaque commune devrait participer aux dépenses pour les classes des autres communes, sans avoir son mot à dire ; est-ce que le système des EPEP va conduire chaque commune à payer pour les écoles privées des villes regourpées sur le même territoire que l'EPEP quand on sait que déjà cette pression existe pour les communes dans lesquelles existent des établissements privées, d'où la fronde de nombre de maires actuellement ?) . Il n'y a dans ce système ni l'avantage de l'égalité d'administration du territoire national, ni la compétence des politiques locales, et encore moins le pouvoir d'intervention des salariés et des usagers de l'éducation nationale. On pourrait au contraire créer de nouveaux pouvoirs d’intervention (cf. la brochure « le projet communiste pour l’école » en lien ci-contre à droite) des enseignants, des autres personnels et des parents, comme d’aider à ce que les élèves s‘approprient l’école, non pas pour créer une école différente à chaque endroit, mais pour que ce pouvoir d’intervention débouche sur des décisions collectives au plan national, assurant l’égalité. ecole panneay

Le ministre voudrait faire disparaitre l'actuelle fonction de directeur d’école pour laisser la place à un manager de l’ensemble de l’EPEP, qui ne soit plus nommé par l’administration nationale, mais choisi par ce conseil d’administration local. Ce chef d’établissement aurait un pouvoir accru dans le recrutement des personnels, au nom du « projet » de l’établissement. La logique managériale de l’entreprise privée se substituerait à la logique de service public d’éducation nationale. La suppression du conseil des maîtres, comme l'affaiblissement du rôle des inspecteurs et des conseillers pédagogiques, laissant chacun seul face à un supérieur hiérarchique local, obéit au dogme capitaliste de la rentabilité et de la performance individuelle : mise en concurrence entre enseignants et entre classes au sein d’un même EPEP, concurrence entre EPEP voisins. S’y ajoute la logique de caporalisation pédagogique. Les communistes proposent au contraire une réforme qui crée des espaces d’entraide et d’échange entre enseignants pour que la politique de pilotage des pratiques pédagogiques sorte enfin de la dichotomie entre « laisser chacun se débrouiller » ou « prescrire autoritairement une pédagogie d’état ». Il faut aussi des moyens pour la formation des enseignants, la recherche en éducation et pour répondre au problème de fond : le système scolaire doit s’engager en tant que tel dans la lutte contre les inégalités sociales de réussite dans l’appropriation des savoirs scolaires et associer tous les personnels en les aidant plutôt qu’à les rendre individuellement responsable des contradictions qui traversent tout le système. Dans les zones rurales, la multiplication des trajets des enfants pour se rendre à l’école inquiète. Pour l'école comme pour les autres services publics et administrations, on assiste au délitement du maillage géographique. Telle est la réalité à laquelle sont de plus en plus couramment confrontés les usagers. Dans les zones urbaines, qu’est-ce qui empêcherait un conseil d’administration composé d’élus locaux peu soucieux de l’égalité, de créer des écoles « de niveau » en répartissant les élèves selon les origines sociales, quand les refrains actuels contre la carte scolaire vont dans le sens d’une attaque contre le principe d’hétérogénéité sociale de la composition des classes ?

Une première défaite pour le gouvernement. Le gouvernement voulait expérimenter les EPEP dès maintenant par le regroupement des zones rurales. Le projet ministériel a été repoussé par 41 voix contre, 1 voix pour (celle du MEDEF, comme par hasard), 1 abstention et 4 refus de vote. Les organisations ( FCPE, PEEP, SNUipp-FSU, SE-UNSA, SGEN-CFDT,UNSA-EDUCATION, FSU, SNPDEN, A&I, SIEN, FEP-CFDT, CFDT, UNSEN-CGT, UNAF, FO, LIGUE de l'ENSEIGNEMENT, JPA, UNEF, SUD, UNL, ARF ) qui avaient refusé de siéger lundi 25 janvier ont une nouvelle fois demandé que soit retiré de l'ordre du jour ce projet de texte. Le ministère s'est obstiné à maintenir un projet qui ne correspond pas aux attentes des personnels, des élus et des parents d'élèves. La plupart de ces organisations ont tout de suite demandé au ministre de l'Education nationale de tenir compte de l'avis exprimé par le Conseil Supérieur de l'Education et de retirer son projet.